09/12/2013

La Vie est une Salle d'Attente

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"Une enfant, un cercueil, un décor sobre, impossible de ne pas réagir. Que l’on aime ou que l’on déteste, cette photo interpelle.
Elle soulève en effet un sujet sensible dont l’existence est souvent mise de côté jusqu'à y être réellement confronté. La mort, sujet sensible, sujet tabou. L'interpellation est accentuée par le fait que le modèle est une fillette, d’autant plus qu’elle est seule à poser. En tant que parent, la sensibilisation n’est que plus intense.
Plusieurs questions se posent alors :
La vie se résume-t-elle à attendre la mort ou est-ce la mort qui nous attend ?
Notre vie n’est-elle qu’une naissance qui se clôture par la mort ?
Notre existence n’est-elle qu’un transit vers un ailleurs ?
Au final, sommes-nous seuls ?
La réalité de cette photo exposée de manière brute, sans artifices, n’arrêtera pas de soulever des idées enfouies, celles qu’il est plus facile d'ignorer. Pour moi, la vie ne se résume pas à une attente de la mort, je préfère la vivre comme une histoire sans fin. Certes, la mort me rattrapera certainement trop vite, mais en attendant, je profite de l’innocence qui m’est offerte. L'être humain n’est pas destiné à errer seul, il se construit avec et grâce aux autres. 

L’art d’Irving S. T. Garp, par ses différents clichés, nous dénonce des faits, des idées, des interrogations, quel que soit le style utilisé. Parfois humoristique, parfois dramatique et même parfois gore. L’auteur dénonce. Est-ce pour lui une sorte d’échappatoire ? Il expose ces vérités au grand jour et nous prend comme otages de cette remise en question. Finalement, l’indifférence est impossible, et c’est bien là le but recherché. Pari gagné !"


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10/09/2013

Mort de Faim

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"Qui étais-tu ? D'où venais-tu ? Quel était ton visage ?"… telles sont les questions qui me sont venues à l'esprit en voyant cette photographie. Je l'ai choisie, car son originalité réside dans le fait que le sujet en est absent. Les témoins de sa présence ne sont pas humains, mais de dérisoires objets: un carton et des traces de craie. Nous ne le voyons pas sur cette photo, mais l'avons-nous vu avant qu'il ne disparaisse ? Ou était-ce une femme ? Nous ne le savons pas : sans domicile fixe, sans visage ineffable, vie effaçable. Qui était-il ? Que faisait-elle ?

La photo indique qu'il est mort de faim, mais nous laisse dans l'incertitude concernant sa vie. Par la photographie, nous parlons de son existence : le temps de ce texte, cette personne décédée prend vie. Mais qui était-elle ? Quelle était son histoire ? Que lui était-elle arrivé pour en arriver là  ? "Il", "elle", cela n'a plus d'importance. Le temps de ces interrogations, elle existe et c'est le plus important. Le carton sur lequel est écrit : "Mort de faim" nous fait penser que, bien que passé à trépas, le vagabond continue de mendier comme si le lieu avait pris l'empreinte de sa présence et de sa souffrance. Comment soulager une personne ? Comment soulager un lieu ? Est-il mort en janvier, en novembre ? Était-ce la nuit ou le jour ? A moins que pour lui ou elle, le temps n'avait suspendu son vol depuis longtemps, comme s'il s'était échappé de l'emprise temporelle qui pèse sur chacun de nous. Peut-être même, continue- t-elle à mendier, dans ce froid glacé, à mendier avec son  carton pour récolter de maigres pièces. Assise à cet endroit, elle devait y passer des heures. Sans doute, la Mort n'a-t-elle pu elle-même l'en dissocier ? La photographie cadre le tracé dessiné à la craie par la police : ce n'est plus une personne qui est ciblée, mais le fantôme de son inéluctable absence ?
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Sans le regard des autres pour qu'elle puisse se voir elle-même, elle a commencé à se perdre, à mourir. Le début de la déchéance n'est pas l’abandon, mais la fuite du regard. A ce moment-là, cette femme commençait à se perdre elle-même, sans personne pour lui dire qu'elle existait. Nous existons par le biais des yeux de ceux qui nous entourent. Nous vivons grâce à cette interrelation. Sans cette amarre, que faire alors ? Mourir…

Et pourtant, la vie semble s'amuser à faire un sacré pied de nez à la mort, en redonnant vie à la défunte, le temps d'une photo. Nous voyons son lieu de vie, nous voyons ses objets et devinons l’utilité qu'elle en avait. Malgré la mort, la vie continue de les animer et d'alimenter cette discussion écrite. Ainsi, une simple photographie peut être l'imparable et redoutable objet de régénérescence, si d'autres personnes sont présentes pour les voir.  Voir c'est vivre. Si le vagabond souffrait de la solitude, ce n'est plus le cas ; Nous sommes plusieurs à disséquer ses dernier gestes, dernière posture, dernière pensées.

Ainsi, cette photographie redonne vie à cette personne,  femme ou homme décédé,  par les paroles échangées entre les visiteurs de cette exposition, sur le blog.

Sandra Bisseron

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26/08/2013

Le Bondage en 1 Leçon

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J'entends sans cesse le bruit d'une poutre qui craque et d'une corde qui se tend. Je ferme les yeux et je la vois au bout de cette corde, au bout de sa vie, se balancer sans s'arrêter.
Sa petite tête s'était perdue dans ces ingénieux cordages, et elle restait là, au milieu de cette pièce, à léviter. Elle était belle malgré tout. Ses mains béantes et ses jambes interminables me rappelaient les odalisques que tant de peintres se sont tués à illustrer. A présent, c'était elle l'oeuvre d'art, la Madone des pendus, la Vénus au bout d'une corde. Tout était tellement beau qu'il ne m'est jamais venu à l'idée de la décrocher. Alors, je l'ai photographiée... une dernière fois.
Elle brillait de mille feux. Le flash la caressait, et mon objectif la décortiquait. Mais son visage était affreux. Je l'ai regardée avec minutie et amour, comme au lever du jour, les matins où j'attendais qu'elle se réveille, s’étire et se trémousse comme une petite chatte les longues nuits d'été. Elle était devenue écarlate et ses yeux brillaient encore, je pouvais presque l'entendre suffoquer, me supplier de ne pas l'enfermer dans ce vulgaire sac de jute.
A cet instant précis, elle était parfaite. Sous son nouveau masque, je me plaisais à l'imaginer en larmes, et son visage déformé par la peur.
Une corde et un jeu, une morte et un noeud, voilà donc la fin de l'histoire où en commence une autre, après tout, ce n'était qu'une simple leçon de bondage.

Charlie Troll's
http://charlie-is-a-troll.overblog.com/

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