14/10/2013

Morning Blues

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Encore une journée comme les autres.
Encore une nuit comme les autres.
C’est drôle, étant ado, je me plaisais à répéter : « Les jours qui se ressemblent, c’est pas pour les gens comme nous. » J’étais à l’époque convaincue d’avoir une vie trépidante, pleine de rebondissements, de détenir le savoir, je me permettais de regarder les gens qui partaient bosser le matin avec mépris, alors que, moi, ma journée se finissait et que je pouvais aller paisiblement me reposer. Je vivais à l’envers et j’en étais fière. Et quand on dit « vivre à l’envers » ça ne comporte pas simplement  le fait de vivre la nuit. Ça comporte surtout le fait de grandir très vite, pour régresser pendant le reste des années à suivre. Ça, je ne l’ai compris que bien plus tard… trop tard, quand ma volonté s’était déjà fait la malle depuis longtemps.
(…)
5 heures 17
Aïe, ma tête ! Est-ce que j’ai dormi ? Je me souviens vaguement d’avoir somnolé, je ne suis pas reposée. Je regarde autour de moi en tentant de rassembler les morceaux de ma tête. Même décor, rien n’a changé. Tant mieux. Je traîne avec difficulté ma douloureuse carcasse vers ce sol qui me sert de cendrier. Je porte le joint à ma bouche, voilà qui devrait m’aider à y voir plus clair. Si je n’étais pas aussi lasse, je rirais à voix haute de ce bel euphémisme. Un regard à gauche calme en un rien de temps les battements de mon cœur en train de s’affoler à l’idée que je puisse être seule. Pas de panique, mon fidèle compagnon ne m’a pas encore lâché, il trône fièrement en vestige de cette soirée mémorable. Il est la seule chose qui soit droite, propre, alignée, rangée ici. Je souris à cette idée. Ma vie est un foutoir, mon squat est le reflet de ma vie. En bordel et sale. Rien à foutre. Un coup dans mon dos me sort de mes pensées, je peine à tourner la tête et j’aperçois un cadavre. Mais qui c’est celui-là ? Putain, j’espère que c’est le dealer. Je tente vainement de le retourner, sans succès. C’est qu’il pèse lourd, ce con. Je tente d’examiner ce corps, voir s’il m’est familier. Le cul ne me dit rien. Les cheveux non plus. Eh merde, black out.
(…)
Ma langue, souillée dans la débauche, patauge dans une écume pâteuse. Est-ce ça, la liberté ? La tête de mes 15ans me revient subitement. Ma petite bouille aux joues rondes signe de l’enfant qui bataille pour survivre malgré que l’adolescence m’appelle, avec ces dreadlocks dansant sur sa tête, soulignant l’espoir de cette vie future. Je parviens à me distinguer dans le miroir, cheveux ternes, plats. Joues creusées. Difficile de retrouver cette gamine pleine d’espoir quant à sa petite vie d’anarchiste et de débauche qu’elle se rêvait de dessiner. Elle était là il y a pourtant seulement 4 ans. 4 ans qui paraissent plus long que toute une vie.  Flash. J’sais pas si c’est moi qui marche de travers ou si c’est les gens qui me bousculent. J’ai perdu. Et au final, c’est peut-être pas plus mal.

Jessica Foschi


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