28
oct

Ne pas oublier de

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L’œuvre « Ne pas oublier de » nous plonge directement dans l’univers décalé et déconcertant de l’artiste Irving S. T. Garp. Comme à son habitude, il fait bien plus que nous provoquer un simple sourire et nous emmène dans un monde de réflexion et de remise en cause. 
Une fois le premier rictus passé, la question « Que ne faut-il pas oublier ? » apparaît comme une évidence.



Est-ce le naturel de cette nudité qui contraste avec les images sexy et glamours des femmes nues sur papier glacé, rappelant que le corps n’est pas un simple objet de désir ? Est-ce la disparition de l’être dans une société de communication de masse où chaque individu lutte quotidiennement pour se différencier tout en restant dans les standards sociétaux ? Ou tout simplement, le besoin, en tant qu’Homme, de tenir ses engagements, d’être une personne digne de confiance, n’ayant qu’une seule parole ; la femme nue se trouvant alors sur la photographie uniquement pour le plaisir des spectateurs et celui de notre photographe ayant l’envie de dévêtir ce charmant modèle…

Pour ma part, travaillant en permanence sur la place du corps et de la beauté dans la société (NDLR : www.un-anonyme-nu-dans-le-salon.com), cette œuvre me rappelle à quel point le visage est si important dans l’attirance, dans la construction de l’individu. Sans sourire, sans regard, sans expression, le corps se vide de sa force vitale et séductrice, devenant le porte-post-it présenté ici. Le léger vignettage de la photographie, tout comme l’absence de différents plans nous montrent cette volonté de réduire le champ de vision, plaçant au fond le spectateur dans une situation assez proche de celui du modèle, nous obligeant ainsi à trouver les réponses aux nombreuses questions évoquées dans cette œuvre. Chacun y trouvera forcement des réponses différentes, mais là est toute la force de l’art contemporain : nous amener à trouver les réponses aux questions que l’artiste nous propose.


Idan Wizen


Idan Wizen est un artiste photographe franco-israélien né en 1984 et travaillant à Paris. Connu principalement pour son projet « Un Anonyme Nu Dans Le Salon » où il tente de mettre à nu l’humanité, il travaille sur la place de la pudeur dans la société ainsi que sur celle de la beauté et de l’attirance. De manière systémique, il propose à chacun, sans le moindre casting de le rejoindre dans son studio photo pour une séance de portraits nus. Plus d’informations : http://www.un-anonyme-nu-dans-le-salon.com


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21
oct

Madame Pipi

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Longtemps chasse gardée des illustrateurs et dessinateurs, le "cartoon" humoristique se fait aujourd'hui courtiser par les photographes. Mais en photo, tout devient plus compliqué, car s'il est facile de conserver une image épurée avec un crayon, élaborer une photo épurée demande une véritable préparation en amont et un sens de la composition pour ne conserver que l'essentiel du message.
Dans la photo de Madame Pipi, la composition est très bien conduite. Quelques éléments en arrière-plan pour situer le lieu, mais pas trop pour ne pas surcharger l'image. Le résultat est plausible. On ne doute pas de se trouver dans des toilettes publiques. Enfin, et c'est le plus difficile, le cartooniste photographe se doit alors de présenter une caricature immédiatement lisible. Irving S. T. Garp y parvient à merveille avec cette photo.
Le soin des cils est une forte symbolique qui nous fait entrer dans le monde des femmes guindées, sophistiquées et raffinées. Dans notre société, la dame pipi est à l'opposé de cet éloge à la beauté féminine, d'où un décalage percutant entre une attitude et un lieu. Mais toute la drôlerie de cette photo vient de l'accessoire employé, une brosse à WC qui nous fait dans un premier temps hésiter entre répugnance et une belle envie de rire. Ouf, la dame a pris un ustensile dans le stock des brosses neuves ! Mais au-delà du sourire, on en arrive à se demander ce qu'elle a dans la tête cette brave dame. La brosse à toilette est-elle devenue un outil si important dans sa vie qu'elle en vienne à penser qu'il est irremplaçable ? Du coup, plusieurs degrés de lectures viennent se superposer dans l'image. Immédiatement et au premier degré, la coquetterie de la dame pipi nous saute aux yeux, puis au deuxième degré la symbolique de l'instrument envahit l'image : on essaye de comprendre la démarche de la dame ou bien y a-t-il un message secret ou subliminal ? Enfin, l'image nous embarque dans des degrés encore plus subtils. Est-elle à ce point sous l'influence incontrôlée de sa profession, que le moindre de ses gestes est détourné vers une obsession professionnelle ?

La photo d'Irving S. T. Garp est très drôle. On a immédiatement envie d'aller voir les autres.

Daniel Metz
Modérateur sur le site fotocommunity.fr

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14
oct

Morning Blues

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Encore une journée comme les autres.
Encore une nuit comme les autres.
C’est drôle, étant ado, je me plaisais à répéter : « Les jours qui se ressemblent, c’est pas pour les gens comme nous. » J’étais à l’époque convaincue d’avoir une vie trépidante, pleine de rebondissements, de détenir le savoir, je me permettais de regarder les gens qui partaient bosser le matin avec mépris, alors que, moi, ma journée se finissait et que je pouvais aller paisiblement me reposer. Je vivais à l’envers et j’en étais fière. Et quand on dit « vivre à l’envers » ça ne comporte pas simplement  le fait de vivre la nuit. Ça comporte surtout le fait de grandir très vite, pour régresser pendant le reste des années à suivre. Ça, je ne l’ai compris que bien plus tard… trop tard, quand ma volonté s’était déjà fait la malle depuis longtemps.
(…)
5 heures 17
Aïe, ma tête ! Est-ce que j’ai dormi ? Je me souviens vaguement d’avoir somnolé, je ne suis pas reposée. Je regarde autour de moi en tentant de rassembler les morceaux de ma tête. Même décor, rien n’a changé. Tant mieux. Je traîne avec difficulté ma douloureuse carcasse vers ce sol qui me sert de cendrier. Je porte le joint à ma bouche, voilà qui devrait m’aider à y voir plus clair. Si je n’étais pas aussi lasse, je rirais à voix haute de ce bel euphémisme. Un regard à gauche calme en un rien de temps les battements de mon cœur en train de s’affoler à l’idée que je puisse être seule. Pas de panique, mon fidèle compagnon ne m’a pas encore lâché, il trône fièrement en vestige de cette soirée mémorable. Il est la seule chose qui soit droite, propre, alignée, rangée ici. Je souris à cette idée. Ma vie est un foutoir, mon squat est le reflet de ma vie. En bordel et sale. Rien à foutre. Un coup dans mon dos me sort de mes pensées, je peine à tourner la tête et j’aperçois un cadavre. Mais qui c’est celui-là ? Putain, j’espère que c’est le dealer. Je tente vainement de le retourner, sans succès. C’est qu’il pèse lourd, ce con. Je tente d’examiner ce corps, voir s’il m’est familier. Le cul ne me dit rien. Les cheveux non plus. Eh merde, black out.
(…)
Ma langue, souillée dans la débauche, patauge dans une écume pâteuse. Est-ce ça, la liberté ? La tête de mes 15ans me revient subitement. Ma petite bouille aux joues rondes signe de l’enfant qui bataille pour survivre malgré que l’adolescence m’appelle, avec ces dreadlocks dansant sur sa tête, soulignant l’espoir de cette vie future. Je parviens à me distinguer dans le miroir, cheveux ternes, plats. Joues creusées. Difficile de retrouver cette gamine pleine d’espoir quant à sa petite vie d’anarchiste et de débauche qu’elle se rêvait de dessiner. Elle était là il y a pourtant seulement 4 ans. 4 ans qui paraissent plus long que toute une vie.  Flash. J’sais pas si c’est moi qui marche de travers ou si c’est les gens qui me bousculent. J’ai perdu. Et au final, c’est peut-être pas plus mal.

Jessica Foschi


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8
oct

La dernière Pièce du Puzzle

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Ne commenter qu’une seule photo… Mon dieu ! Que dire ou que redire quand tu as déjà commenté et perdu ta réponse ? Comme le puzzle, mon cerveau a-t-il donc une pièce en moins ?
« La dernière Pièce du Puzzle », voilà un titre de serial killer et je ne serais pas surpris de découvrir Irving S. T. Garp faisant la une de 20minutes ! Rien qu’à lire le titre, je m'attends à trouver des bouts de modèles éparpillés sur tous les murs et cela ne loupe pas ! Effrayant ! Un vrai polar, un vrai Polaroid, devrais-je dire, type Amélie Nothomb. Rassemblons les bouts éparpillés de cette ex-jolie fille. La pauvre, mais il lui manque la tête, elle a perdu la tête ! Cela n’est guère étonnant avec Irving S. T. Garp, car il a toujours une imagination débordante pour raconter une histoire complète et différente à chaque cliché, un humour décalé. Un anglais pourrait dire "mind fuck", ce qui n'est pas pour me déplaire, au contraire.

Marc Lamey
Photographe

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