23
avr

Barbie-turique

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Nous sommes une famille qui adore l'humour. Notre fille a hérité de ce style de pensée dès son plus jeune âge. Elle aime se métamorphoser et prendre la peau d'un personnage. La rencontre avec  Irving S. T. Garp s'est donc passée le plus naturellement possible. Il a cet humour décalé et libéré que nous apprécions. Il propose un autre regard sur les gens, un nouvel angle de vue sur la vie. L'univers rose de Barbie de notre fille apporte un décalage encore plus dramatique sur le désespoir de la mise en scène. Le choc entre les deux opposés provoque une douleur soudaine presque insupportable. Le jeu de mots rajoute incontestablement un plus à cette fiction.

Laurence Van Hoef

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16
avr

Tanguy (La Séparation)

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Le monde selon Irving S. T. Garp…

On ne sort pas indemne d'une photographie d’Irving S. T. Garp.  Pas davantage du roman « Le monde selon Garp » de l'américain John Irving.

Voici sans aucun doute la photographie, à la fois, la plus explicite et insidieuse quant au choix du photographe de prendre le pseudonyme d' Irving S. T. Garp.

Le tableau met en scène une triade tragi-comique réunissant un adolescent affecté, hagard, une femme dévitalisée, et, oscillant de l'un à l'autre, le médecin.

En identifiant avec stupéfaction le cordon ombilical qui les relie, le lien de parenté mère-fils est aisément établi. Il y a urgence. L'intervention du médecin est rapide, son diagnostic sans appel ; il est crucial de couper le cordon.

La position centrale occupée par le médecin urgentiste dans l'image est déterminante. Elle accentue sans conteste l'absence du père biologique.

Nous ne connaîtrons pas la chute de ce huis-clos parodique. L'instant photographique ne nous la révèle pas. La séparation opérée par le coup de ciseaux ramènera-t-elle ce Tanguy à la vie ?

Y a-t-il seulement une vie après la mort ?

Garp révèle au monde son auteur, John Irving. Leur vie s'imbrique étonnamment. Tous deux écrivains, ils ne connaîtront jamais leur père. Garp, particulièrement, souffrira d'avoir été conçu et élevé par une mère absolument seule, de surcroît féministe, qui n'accepte absolument pas la concupiscence masculine. La vie sera féroce pour Garp, particulièrement sa relation avec les femmes. L'écriture l'en sortira.

Tanguy (La séparation) restera la photographie pour laquelle Irving S. T. Garp utilise l'appareil photo avec toute la dextérité qu'il réserve au scalpel.

Jean-Luc Tillière
Photographe

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9
avr

Chaque jour m’est une souffrance

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L’angoisse.  C’est par là que tout commence : une tache grise dans une peinture rutilante, un ver dans une pomme luisante, une larme sur une figure souriante.  C’est un poison qu’on s’injecte dans les veines, qui gagne peu à peu tout notre être et qui nous fait sombrer dans notre propre corps comme dans un gouffre.  Sauf qu’il n’y a pas de fond et on tombe, encore, encore, encore …

Et puis tout devient limpide.  Il faut que ça cesse : arrêter de souffrir dans sa tête en souffrant dans sa chair.  Ça devient impérieux, naturel.  On se met à chercher un objet coupant pour faire son office.  On finit TOUJOURS par en trouver un.  On en a disséminé un peu partout comme un chien qui enfouit ses os et ne les déterre que lorsqu’il a faim.

On applique alors la lame sur sa peau et on sourit car on sait qu’on va se purger de sa noirceur.  On appuie dessus et on se met à la faire glisser et tracer des sillons incarnats.
 
Les chairs s’écartent mais elles ne saignent pas tout de suite.  C’est comme si elles retenaient leur souffle avant d’expirer.  Puis tout à coup, le sang se met à affluer, à dessiner d’étranges arabesques sur la peau et venir former une flaque vermeille à nos pieds.

On sent le liquide s’écouler hors de nous.  Chaud, visqueux … rassurant.  On sent son odeur.  Douceâtre, cuivrée … réconfortante.  Il emporte avec lui le poison de l’angoisse.  On se sent en paix.

Et enfin on se rend compte de ce qu’on a fait …

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5
avr

La faute d’orthographe

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Il y en a qui font tache. Tâchant de faire au mieux, ils troublent la conjugaison, s’embrouillent dans l’alphabet, s’enchevêtrent dans les filets de la grammaire, se compliquent l’écrit. D’aucuns opèrent par intuition, le souffle de l’esprit gonfle leur voile, ils rédigent à la présomption, au pif, à l’instinct ou au bon sens. D’autres, à la fibre érudite, naviguent grâce aux théories, compas et sextants des règles officielles.
Les uns s’énervent, barbouillent, raturent, font de petits pâtés. Les autres utilisent frénétiquement la gomme, l’effaceur, le tipex, la fonction Suppr de leur clavier. Tous ont des partenaires. Dictionnaires, vérificateurs d’orthographe, relecteurs, amis, collègues, secrétaires. Tous font des fautes. Etourderie, méconnaissance, dyslexie, oubli. Tous s’en veulent et se maudissent. Tandis que les autres rient sous cape, se moquent à haute voix ou s’offusquent.

C’est que c’est compliqué le français ! Pour une cédille, un accent, une simple lettre oubliée, le châtiment frappe de plein fouet. Aussi, les fauteurs de trouble langagier n’échappent pas à la pesanteur. Parce qu’il y a un lourd poids à porter, celui de la faute. Poids que l’on eût peut-être allégé en désignant autrement la coupable. Erreur, coquille, étourderie, l’usage de mots plus aériens inviterait certainement à davantage de clémence.
Dans « La Faute d’Orthographe » d’Irving S. T. Garp, il y a tout ceci, les frémissements de l’écrit, les angoisses des auteurs, avec cette petite goutte de vernis rouge en plus. Larme de sang qui vient caresser avec humour le péché originel. Une création facétieuse pour alléger le propos, instiller de l’humour, de la couleur et de la sensualité sur la honte. Une touche de laque vermillon sur la faute originelle, et voilà le péché pardonné ! Frisson de la chair qui prend corps sur un mot disgracieux, mal orthographié, un aveu inattendu, une déclaration, une faute ? Tous les mots et possibles s’y bousculent. Tandis que plane, hors champ, malicieux et irrévocable, le sourire d’une femme.

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