12:30

18
mar

L’auto-stoppé

L'Auto-stoppé - I.jpg

5 heures 45. Le réveil sonne pour une nouvelle journée. Une tasse de café dans le ventre et je suis prêt à affronter le froid de ce début de janvier. Dehors, la ville dort encore et me laisse songeur face à cette semaine qui débute. Que vais-je encore voir passer dans ma morgue ? Terminus de tous les malheureux de la vie.
Arrivé à la morgue, je consulte le planning de la journée. Le premier cas est un accidenté de la route. Le weekend et ses fêtes « ivresques » ont encore sévi. Le corps gît sur ma table et j’imagine les parents pleurer leur fils perdu, la dureté d’une séparation sans préavis.
Le choc a dû être d’une extrême violence, le visage n’a plus rien d’humain, il est méconnaissable. Il est inconcevable de le montrer comme cela à sa famille et tout autant de ne pas le montrer. Les parents ne pourront jamais survivre sans pouvoir lui dire au revoir.
Une longue journée commence pour moi. Je vais devoir mettre en œuvre toute les techniques de restauration faciale que j’ai apprises ces dernières années pour rendre présentable leur enfant. Un grand défi personnel sur la mort pour les vivants. Une ode à la vie, à la mort.

Alain Koninckx
Prosecteur, embaumeur

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