28
jan

Le photomateur

irving s. t. garp, bernard caelen, photographie

Irving S. T. Garp… Derrière ce pseudo hors du commun se cache un univers photographique qui ne l’est pas moins. Le « Sergent-Technicien » de l’image nous raconte des tranches de vie avec son regard décalé, créatif et plein de poésie. Il promène son objectif sur le chemin des mots et de l’inconscient pour nous raconter des chroniques douces-amères sur le monde contemporain qui nous entoure. Il a son propre langage à la fois violemment tourmenté, anecdotique et caustique. Et construit avec patience et minutie des gags visuels toujours humanistes. Un bel exemple que ce « photomateur ». Un savoureux détournement du fameux procédé automatique. Un petit tabouret rond, un rideau court et plissé, un miroir et des flashes qui crépitent. Mais aussi le photographe photographiant une cabine de photomaton, photographe autodidacte sans le concours d’un photographe. Comme l’indiquait André Breton dans les années 20 : « Cette cabine, c’est un système de psychanalyse par l’image ». Ici, on y trouve la coexistence de l’intérieur et de l’extérieur, du caché et du montré, du signifiant et du signifié, de l’humour et de l’absurde. Cette jeune femme décortiquée, anonyme qui pose nue ne dévoile sa poitrine qu’à l’extérieur nous mettant ainsi dans la position du voyeur. Mais n’est-ce point là la chimère de tout photographe ? Un clin d’œil imaginé, un tour de prestidigitation instantané doublé d’une facétie plastique. Je prescris cette photo et cette galerie à tous ceux qui souffrent d'un ennui de l’œil. Dépendance et bonheur assurés !

Yannick Doublet
Photographe

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21
jan

Lessivée

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Tiens… encore un mail de Irving S. T. Garp! Il y avait longtemps… euh ou pas en fait ! Il faut dire qu’il ne sait pas se passer de moi. Non content de me voir presque tous les jours à la salle de fitness où nous sculptons nos corps comme il sculpte ses portraits (c’est-à-dire avec beaucoup de décalage), on discute encore par e-mails interposés comme un vieux couple gay… ce que nous ne sommes pas, je rassure tout de suite nos chères et tendres, au risque de décevoir une certaine tranche de la population qui aurait bien voulu, mais je digresse, je digresse. Il faut dire que c’est un peu ma spécialité… enfin, d’après Irving S. T. Garp. Moi, je ne trouve pas, mais passons !

Bon, que me veut-il, l’animal ? Une nouvelle photo pour laquelle il est en panne d’inspiration pour le titre ! Tiens, vous aurez remarqué que dans la phrase précédente, on pourrait éventuellement sous-entendre que ce n’est pas la première fois, voire même que c’est un phénomène assez répétitif ! Si, si, mettez-y l’intonation qu’il faut et vous verrez, enfin, vous entendrez, ce que je veux dire ! Non pas que je veuille exprimer d’une façon ou d’une autre que mon ami Irving soit un excellent photographe, mais un piètre « titreur », non, non, non ! Non pas non plus que je veuille exprimer le fait que son cerveau décalé soit plus axé sur l’image que sur l’idée potentielle et éventuellement sous-jacente qu’un titre pourrait sous-entendre, non, non, non ! Non pas enfin que je veuille me mettre en avant d’aucune façon en me présentant comme son maître à penser qui lui trouve, idées, titres et scenarii… non, non…

Cela dit, c’est arrivé plus d’une fois, mais chut, je ne pouvais pas le dire ! Enfin, cette phrase sera sans doute coupée au montage à l’instar des éléments indésirables qui le sont par Photoshop !

Bon, revenons à nos moutons parce que je cause, je cause et lui, il n’a toujours pas son titre ; C’est quoi la photo ? Oh, elle est chouette, j’aime bien tiens… Bon ben, c’est facile, la fille est complètement « Lessivée » ! Et hop, encore un titre à mon actif ! Et celui-ci il fera date parce qu’il est aussi top que la photo !

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14
jan

Les Griffes de la vengeance

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C’est là, dans cette rue que j’arpente encore et encore, de jour comme de nuit malgré la fatigue, dans la peur et l’envie folle de les surprendre, que je veux voir l’insoutenable trahison. La cible est toujours atteinte quand on y met tant de rage. En une seconde, la fureur se déchaîne, indomptable. Elle prend en otage mes pensées sages et s’empare de mes sens pour rendre mon corps fou. Les entrailles en feu, sortir mes griffes pour éteindre cet incendie semble la seule issue, ma seule défense. En un instant, la folie m’est douce et salvatrice. Au diable les hommes, je brûlerai sur un bûcher, et alors... C’est trop tard... De toute façon,  mon monde a basculé depuis longtemps, j’ai bien fait de donner le coup final. Derrière ma sourde colère, maintenant je le sais, se cachait une tendre douceur lovée dans un amour trop grand pour être assumé quand il s’arrête. Irving S. T. Garp a figé sur papier glacé, l’inavouable perte de contrôle de soi. Exigée de tous et garante de la paix dans notre société où tout doit être lisse, surtout pas de débordements honteux…


« Les Griffes de la Vengeance » est la photo d’une femme, terriblement humaine : moi.


Isabelle Baufays

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11
jan

L'encombrante

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On entend souvent : « Tout le monde sait faire une photo », « Tout le monde sait poser ».
 
Mais quitter les sentiers battus pour créer une photo - pardon, LA photo - sans le génie du photographe, son professionnalisme, son savoir-faire et sans la complicité du modèle est impossible.
 
Pour  Irving S. T. Garp, ce n’est pas la beauté du modèle qui compte, mais le réalisme de la photo et l’électrochoc qu’elle provoquera chez le spectateur.
 
Grâce à lui, j’ai pu accéder à des mondes que je voulais découvrir et exploiter, loin des images lisses et sans âme que l’on propose souvent aux modèles.
Là, j’ai été menottée à un radiateur dans un garage en plein hiver… (« Le collectionneur de Radiateurs »)
Ici, j’ai été jetée nue dans un conteneur à ordures, couverte de crasse, salie… Je suis nue, mais je joue un personnage, comme au théâtre ou au cinéma. Je joue le rôle d’une femme dont on s’est débarrassée après usage, telle un vulgaire objet de consommation.
Plusieurs personnes assistèrent à la séance photo : des policiers assurant notre sécurité et des agents communaux travaillant dans le parc à conteneurs.
Peu m’importait leur présence : ce n’est pas mon corps nu qu’ils regardaient. Ils étaient les témoins de la (mise en) scène du crime.

Anne Mathey

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9
jan

De battre, mon coeur s'est arrêté

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Quand Irving S.T. Garp nous a soumis son projet « Le Corps décortiqué »,  l’enthousiasme a vite succédé à l’étonnement au sein d’UCL Culture, le service culturel de l’université qui l’emploie. Nous avons donc décidé de soutenir cet artiste hors normes qui nous proposait de tenter une aventure inédite et transgressive. Il s’agissait de réaliser, dans un milieu médical (une fac de médecine), avec le concours d’étudiants et de membres du personnel,  une série photographique et une exposition mettant en scène le corps humain. Ce qui nous a surtout enthousiasmés - mais aussi un peu effrayés, soyons francs – c’est le côté décalé et parfois cynique du point de vue. L’humour noir s’invite en effet régulièrement dans cette autopsie originale. Et je me souviens avoir dit à mes collègues, après avoir reçu les premières images plutôt choc de la série, « si un service culturel universitaire n’a pas l’audace de soutenir ce type de projet, il ne lui reste qu’à faire du tricot ». Il fallait d’autant plus appuyer ce projet qu’Irving S.T. Garp a les moyens de ses intentions. Chaque photo est une mise en scène inspirée, techniquement  léchée, inventive et souvent drôle.

L’artiste aime flirter avec les limites, mais toujours avec talent. J’en veux pour preuve cette photo qui a servi de visuel pour les affiches de l’exposition et qui offre plusieurs niveaux de lecture.

Que penser de cette infirmière, sirène ou vampire des temps modernes, séductrice tout autant qu’inquiétante, qui tient dans ses mains un cœur d’homme, capable semble-t-il de le faire saigner comme de le ranimer ? On peut ressentir de prime abord un malaise devant l’ambiguïté de cette mise en scène à la fois onirique (l’infirmière coquine cintrée dans son petit uniforme n’est-elle pas un vieux fantasme masculin ?) et hyper réaliste (le cœur est bien un muscle !). Mais, très vite, un détail, un clin d’œil ou simplement  le titre de la photo viennent attester le second degré et provoquer le rire ou le sourire. En l’occurrence ici, les « POUM G » et « POUM D » du tableau, la pose provocante et le geste de l’infirmière qui ausculte le cœur sanguinolent avec son stéthoscope d’enfant rappellent qu’il s’agit bien d’un jeu, comme le souligne encore le double sens du titre. Mais c’est un jeu qui peut parfois toucher du doigt des régions obscures ou douloureuses de notre personnalité.

Irving S.T. Garp n’a semble-t-il peur de rien, et sûrement pas de l’outrance et de la provocation. Mais sa sensibilité, sa recherche esthétique et son humour subtil lui permettent de ne jamais tomber dans la vulgarité. Un vrai coup de cœur !

Frédéric Blondeau, directeur d’UCL Culture

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7
jan

J'irai sniffer sur vos Tombes

J'irai sniffer sur vos Tombes - I.jpg

Une seule image… Pourquoi Irving S. T. Garp ne m'a-t-il proposé de ne commenter qu'une une seule image ? Cherche-t-il à déstabiliser ma plume ? On se reconnaît facilement dans chacune d'entre elles. Je rumine, passe en revue avec minutie ses galeries, cherche la réponse dans des signes dit paranormaux que le Ciel, un dénommé « Dieu », nous envoie….
Rien à faire... Merci pour la tuile, j’accepte mon moment « humain » de solitude.
Soyons franc, j'en pince pour la globalité de son travail, tellement vrai, par la simple mise en scène du genre humain et de ses tocs.
Recette? Un zeste de talent, surtout pas de lyrisme et beaucoup d'humour, d’humour piquant. Les idées vêtues de manteaux noirs, qui sont de celles qui vous mettent ce sourire de La Joconde au coin de la lèvre.
Irving, avoue que tes histoires transpirantes de vérité ont dû, plus d’une fois, te faire vivre des nuits blanches amenant presque à la névrose pour les mettre sous « film »?
Je ne suis pas d’accord, mon ami sur le terme « d’amateur ». Tu sais, sans le savoir, où tu vas, et tu t’étonnes que le temps de quelques flashs, tes modèles devenus complices, te suivent à la lettre dans tes réalisations ? Irving, mon cher, tu racontes si bien ce que nous sommes ou pensons dans ce petit jardin secret, arbitré par les anges et les démons de nos pensées.
Choquer gratuitement? Non, la poésie se décèle ici et là.

Victoria Von Fliedner

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6
jan

La soumise du Père Noël

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Date : 13 octobre 2012
Concerne : Irving S. T. Garp
Consultation n° 3418

Je suis de plus en plus inquiet quant au développement psychique de ce patient. Lors de cette séance, il m’a fait part d’un rêve qui confirme mon diagnostic de perversion sadique à la limite de la psychopathie. 

Dans ce rêve, le patient est âgé de 13 ans. Il dort lorsque, soudain, un bruit provenant du living attire son attention. Il descend alors les 62 marches de l’escalier de la maison familiale et se retrouve nez à nez avec le Père Noël qui lui propose de le suivre dans le donjon aménagé dans le grenier de la maison familiale. Il découvre alors dans ce grenier toute une série d’outils de tortures, et, au milieu de  cette pièce lugubre, sa grande sœur, servant d’arbre de Noël. Au pied de ce sapin particulier un cadeau : un Canon 5D Mark II 

Le contenu latent de ce rêve nous renvoie irrémédiablement à l’obsession de notre patient, à savoir prendre en photo ses délires pervers de soumission. Cette conduite voyeuriste est d’ailleurs à mettre en rapport avec les raisons de sa consultation et de l’injonction du juge qui l’a soumis à cette démarche thérapeutique. N’oublions pas qu’il a, à ce jour, réalisé une centaine de photos mettant en œuvre ses fantasmes déraisonnés. 

Il persiste chez moi une interrogation :  est-il capable de passer à l’acte et, de ce fait, réaliser ses fantasmes dans le réel ? Le risque étant élevé, je persiste à penser qu’une incarcération dans un centre psychiatrique fermé reste une solution raisonnable.  Par ailleurs, il me semble nécessaire de poursuivre nos entrevues. En effet, les nombreux traumatismes à l’origine de ce comportement pervers n’ont toujours pas été verbalisés et  sont, dès lors, méconnus.

D.Ogez.
Psychothérapeute.

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