09:29

9
jan

De battre, mon coeur s'est arrêté

De battre, mon coeur s'est arrêté.jpg

Quand Irving S.T. Garp nous a soumis son projet « Le Corps décortiqué »,  l’enthousiasme a vite succédé à l’étonnement au sein d’UCL Culture, le service culturel de l’université qui l’emploie. Nous avons donc décidé de soutenir cet artiste hors normes qui nous proposait de tenter une aventure inédite et transgressive. Il s’agissait de réaliser, dans un milieu médical (une fac de médecine), avec le concours d’étudiants et de membres du personnel,  une série photographique et une exposition mettant en scène le corps humain. Ce qui nous a surtout enthousiasmés - mais aussi un peu effrayés, soyons francs – c’est le côté décalé et parfois cynique du point de vue. L’humour noir s’invite en effet régulièrement dans cette autopsie originale. Et je me souviens avoir dit à mes collègues, après avoir reçu les premières images plutôt choc de la série, « si un service culturel universitaire n’a pas l’audace de soutenir ce type de projet, il ne lui reste qu’à faire du tricot ». Il fallait d’autant plus appuyer ce projet qu’Irving S.T. Garp a les moyens de ses intentions. Chaque photo est une mise en scène inspirée, techniquement  léchée, inventive et souvent drôle.

L’artiste aime flirter avec les limites, mais toujours avec talent. J’en veux pour preuve cette photo qui a servi de visuel pour les affiches de l’exposition et qui offre plusieurs niveaux de lecture.

Que penser de cette infirmière, sirène ou vampire des temps modernes, séductrice tout autant qu’inquiétante, qui tient dans ses mains un cœur d’homme, capable semble-t-il de le faire saigner comme de le ranimer ? On peut ressentir de prime abord un malaise devant l’ambiguïté de cette mise en scène à la fois onirique (l’infirmière coquine cintrée dans son petit uniforme n’est-elle pas un vieux fantasme masculin ?) et hyper réaliste (le cœur est bien un muscle !). Mais, très vite, un détail, un clin d’œil ou simplement  le titre de la photo viennent attester le second degré et provoquer le rire ou le sourire. En l’occurrence ici, les « POUM G » et « POUM D » du tableau, la pose provocante et le geste de l’infirmière qui ausculte le cœur sanguinolent avec son stéthoscope d’enfant rappellent qu’il s’agit bien d’un jeu, comme le souligne encore le double sens du titre. Mais c’est un jeu qui peut parfois toucher du doigt des régions obscures ou douloureuses de notre personnalité.

Irving S.T. Garp n’a semble-t-il peur de rien, et sûrement pas de l’outrance et de la provocation. Mais sa sensibilité, sa recherche esthétique et son humour subtil lui permettent de ne jamais tomber dans la vulgarité. Un vrai coup de cœur !

Frédéric Blondeau, directeur d’UCL Culture

| |  Facebook | | |